office des ténèbres
bâti sur les tenebrae du
rite romain trois jours de trois
noéturnes et aube par l’auteur de Aujourd’hui
je dors Aujourd'hui réveil etautres ouvrages omithologiques
écopoétique décroissante prête à plagier
Premier jour
Nocturne I
Milliers, le désert est proche !
Ici-même,
La vie étouffe dans l’eau glauque
Amortie.
Ceux que vous fuyez vous ignorent.
Vous ignorent milliers, vous méprisent et vous fuient !
Milliers, chantez avec moi !
Et vous, quelques,
Courlis, courlieux et barges rousses,
Causez-le !
Causez le chant que je désire office
Éperonnez ce flanc de jument terrifiée !
Je veux bondir hors de moi,
Dessaisir
Le monde et le briser, le moudre,
Le luxer !
Noires, ses vases, ses fumées :
Cravants bornées ! Noyons-les d'encre et de $tupeur !
Et toi, Goupil, venu de bon matin !
J'étais sous le vent, immobile.
Dès qu'assuré, d’un bond le bois atteint,
Après lécart, revenu sur tes pas,
Toi qui t'assois, que j’intrigue,
Qui me ravises, que je n'oublie pas !
Soutiens mon désordre, soutiens mes cris !
Ameute tes pairs, Hermeline,
Qui mulotent mon pré : j'écris.
Avertis le sanglier trop nombreux,
Le rare chevreuil qui n’aboie
Plus chez moi, trop chassé, trop dénombré.
Convoque l'étranger, le ragondin,
Piégé partout, mais fort solide.
Point de Muse ici, pas un Gourgandin,
Mais de la bête à voir dire un vrai dit.
Un parfum qui soit une cause
À mordre la page les doigts raidis.
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Merle, excuse l’homme refroidi
qui fume sous un porche à l'aurore.
S’il ne t’entend sans joie, chante encore,
secoue-le qu’il se mette au voir dit.
La chevêche Athéna et le Duc
rythment le fond de cravants bavardes.
De ce nocturne, si tu t’attardes,
l’homme pourra tirer tout le suc.
Il a bougé. Va-t-il nous quitter ?
Ce sont, loin, les premières voitures.
D'une étrophe, ça, tu le ratures.
Il nous revient. Tu l’auras tenu.
Il se souviendra, cetimmature,
et croira qu’il décrit la nature.
Il
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l’hiver guette l’automne
le nord pleut du sud
les oies s’éparpillent sur la Moëze
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Quel est l'office des ténèbres ? À quoi bonnes les ténèbres ? La
nuit eft-elle si bonne conseillère ? L’utopie n'est-elle que rêve
soutenant le désir de dormir ? L'office des ténèbres, cette fois
rituel, fait-il lumière sur notre appétit de vivre ?
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Un tas noir parmi les laisses de mer
Approché un oiseau peut-être
Certes laisse le promeneur amer
Goudronné pétrolé le cou scié
Pris au piège filet fantôme
Dérivant qui laura remercié
Étouffé noyé jeté mort pour rien
Au col une cravate rose
Telle fin au canard plongeur convient
Possible plausible certaine enfin
Quel est-il ? Le promeneur l’homme
Rêveur supposé au savoir sans faim
Nomme Macreuse noire l'allemand
Dit endeuillé bien plus aimable
La mélanitte eft noire évidemment
Melanitta nigra écrit Linné
Noir-canard noir gréco-latine
Appellation facile à deviner
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À vrai dire seul le mâle eft en deuil
La femelle est brune ses joues
Sont beiges c'est tout rien de tape-à-l’œil
Tout de même un trait de jaune d'or luit
Au bec du premier vu de loin
De près orangé sous la caroncule
Ce nom Macreuse est un nom de boucher
Une foulque eft ainsi nommée
Je choisis celui qui m’aura touché
Mélanitte qui t'a tuée ?
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Saliô del agua y vio la tersa superficie. Era tal la crueldad y
tanta la belleza que no pudo pronunciar ni una palabra. Volvid
al fondo entonces. Abhi articulé su discurso la cabeza sin cuerpo
del ahogado.
Miguel Donoso Pareja, “La cabeza del ahogado”, La cabeza del
naufrago, Quito, Ecuador, Libresa 2009.
Il sortit de l'eau et vit la surface limpide. Cruauté telle et tant de beauté qu’il
ne put prononcer même un mot. Il retourna donc au fond. Là, se mit à dis-
courir la tête sans corps du noyé.
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Aussi peuvent-ils raconter n’importe quoi,
Cuirs, manuscrits, rouleaux, tablettes inutiles ;
Tortues, laisses de mer et brouillons, évangiles,
Livres saints, rien ne les arrête, ces bourgeois,
Tout maintient leur élan sans qu’ils n’en sachent rien.
Ils braient et font brayer leurs valets tant qu’ils peuvent ;
Tout leur e$t bon, vrai faux dont ils se font peau neuve
Selon la loi cachée du progrès de leurs biens.
Héros et Dieux, hier, quelques rêves induits,
Nature ou naturel : c’e$t tout pour aujourd’hui,
C’est la vie. Et demain ? La terre se retourne.
C'est arrivé déjà ; à revoir, Pinout !
Reprise du passé, la leçon éblouit,
Miroir fatal à qui ne s’en détourne.
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xai pJéyua nai oiveudey peiryua ai oTuvuous
deyais Ldd£aro nai dura cr
réyoy Vraideun nai düroubBex pelyen BéAy
ayToméeos: cmropos Êm oÛdêy ÉeXET OU
TÔ Léo: Aldo udyor pevËn oÛx ÉmdËeT ou:
van à duyyävar puyos Évurépearrou.
Sophocle, Antigone, 355-361.
Voix, pensée vive comme l'air, sens de la vie
en ville, il s’en e$t inétruit et l’inconfort
du plein champ gelé, la tempête et ses flèches, il les fuit,
le très inventif ; sans moyen jamais, il va
son chemin ; fuir Hadès seulement, il n’y parvient ;
de maladies incurables il organise sa fuite.
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Que sait la grive musicienne ?
Quelle sache chanter, ça n'est pas sûr.
Dira-t-on qu’elle connaît la musique ?
Non plus.
Ni savoir ni connaître ne sont de la grive.
Je lai dit du coucou, je le dis de la grive :
le chant précède l'oiseau, qui le prend.
Au pied d’Hiers, peupliers, frênes,
prairies et buissons, fossés et marais.
Printemps lumineux dont l’averse eft reine.
Arrêt.
Un chant a coupé court. Se peut-il d’une grive ?
Exotique à ce point, ce flûté, d’une grive ?
La confusion suit, le mécontentement.
Faille au savoir, un mot s’échappe.
De lartiste contentement de soi,
Un trou de mémoire a percé la chape.
Tant pis.
Et tant mieux après tout puisque, signée, la grive
Désigne la saignée, le savoir d’une grive,
bec et syrinx, anatomie d’un corps.
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L'autre, ici, chassé s’accumule.
Un, deux, font trois, grumeaux et tas
Qui pénètrent, dit-on, têtes de mules
Ou d’or.
Celui-ci n’y connaît rien, cet autre a la grive
Sur le bout de doigts graisseux, qui, faute de merle..
Grive sans erreur, diéton inexact.
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Den Menschen Vorstellungen von einer Nichtigkeit und
hoffnungslosen Sündhaftigkeit des Menschen sowie von dessen
ewiger Gegensätzlichkeit zu Gott aufzudrängen, if falsch und
frevelhaft in den Augen Gottes. Ja es wider$pricht sogar dem
Vorsatz Gottes uns gegentüber und verhindert das Spirituelle
WachSlum des Menschen.
Vladimir Antonov, Okopsychologie, 4.15.
Les idées qui s'imposent à l’homme de sa nullité, de sa nature désespérément
pécheresse comme de son éternelle opposition à Dieu, sont fausses et sacri-
lèges aux yeux de Dieu. Oui, cela contredit même le dessin de Dieu à notre
égard et empêche le développement spirituel de Phomme.
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Nocturne IT
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Moineaux moineaux moineaux qui piaillez et piaillez
Au milieu de ma cour et muchez sous mes tuiles
Les fétus et duvets de vos nids empaillés,
Moinillons, oignez-moi de vos très-saintes huiles.
Moineaux, moinelles, cessez de vous chamailler.
Vous ne m'êtes moins chers que la rare linotte.
Je suis aussi curieux de votre poulailler
Que du maigre buisson où le pouillot pianote.
Aussi, baptisez-moi comme d’autres l'ont fait,
Le loriot de sa flûte, un merle d’une fiente.
Enfin, remarquez-moi, j'en verrai les effets.
Imaginerais-je la nature consciente ?
Soucieuse ? Saisi humain qui la défait
La verrai-je brusquée terriblement confiante ?
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Martinets, de grâce, revenez
Versez un printemps de plus au compte
D'une âme, d’un cœur, à vue de nez
Limpides. C’en est une qui conte,
C’en e$t un qui vous a deviné.
Le chardonneret porte au poitrail
Taches colorées de part et d'autre
Du bréchet. Cette cendre au vitrail
De son plumage le fait apôtre
Du retour aux sources en fin de bail.
Confirmé, on ne l'est jamais trop.
La ténèbre n’est pas ce qu'on croit.
Elle eét l'ombre qui noircit nos vies.
Le réel, lumineux, eft adroit.
Qui prétend se connaître le nie.
Poussière, tu te reconnafîtras !
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Gueulez goélands
La mort eft lente et la vie courte
à qui le sort pend au nez
Gueulez sans pourquoi
Gueulez comme moi
Gueulez sans nichées
à protéger ni partenaire
à saluer ou chasser
ni part de ciel à tenir
Gueulez à blanc noir
sur blanc dégueulez
dégorgez tout sanglot dehors
Qu'un cri de colère ou de joie
pure vibration de Pair
d’un bec ouvert grand
jaillisse au gueuloir
Gueulez dans l'élan
du vrai du faux De la chanson
ma leçon ne dira mot
Gueulez goélands
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grêle subite
- t'inquiète
on trouv’ra bien
un bout d’carton
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La raison s’ensable à mesure que la fatigue mortelle augmente.
Âge, maladie, épreuves, erreurs sans nombre, péchés. Terrible,
atterrant — ici point d’homme armé — la marchandise convient
de sa propre fatigue.
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J'ai tout mon temps pour la noirceur.
Est-ce la vie qui me harasse ?
L’âme ennemie est noire et grasse.
Au gué trouverai-je un passeur ?
L'ombre du réveil à venir
Éclaire l’obscur de la nasse
Qui sangle de bêtise crasse
Le présent qu’elle doit tenir.
Douleur à qui ne veut entendre,
Au sol, la chute douce et tendre,
La mort eft éclaircissement
De la vie laissée. Bonne route !
La nuit soit, vaine à qui l’écourte,
Limpide raisonnablement.
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Nitimur in vetitum semper cupimusque negata
Ovide, Amores, III, 4.
Arc-boutés sur l’interdit toujours, nous désirons ce qui nous est refusé
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Le choucas des tours tire sa langue aux silos et beffrois.
J'y tiens,
Tenu.
Le choucas des tours voltige sans aucun progrès, jovial.
Au temps
Pour nous.
Le choucas des tours a l’œil de verre bleu voire argenté.
Noté,
L'œil tu.
Le choucas des tours porte robe noire à capuchon gris.
C'est tout ?
C'est tout.
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Î bade, because the wick and oil are Sent
And frozen are the channels of the blood,
M) discontented heart to draw content
From beauty that is ca$f out of a mould
In bronze or that in dazzling marble appears,
Appears, but when we have gone is gone again,
Being more indifferent to our solitude
Than ‘rwere an apparition. O heart, we are old ;
The living beauty is for younger men :
We cannot pay its tribute of wild tears.”
William Butler Yeats, « The Living Beauty »,
The Wild Swans at Coole, 1933.
Je priai, mèche et huile passées,
Gelés les canaux du sang, mon cœur
Mécontent de se trouver content
De la beauté démoulée d’un bronze,
D'un marbre éblouissant sortie,
Sortie mais enfuie dès que nous en allés,
Bien plus indifférente à notre solitude,
Serait-elle une apparition. Ô mon cœur, nous sommes
Vieux, la beauté vivante eft pour de plus jeunes,
Nous ne pouvons la payer de larmes sauvages.
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Étourneaux sansonnets de novembre
Font ville en ville soir et matin
Réjouissances parloirs en chambre
Détente quand le soleil s’éteint
Échauffements dès l'aube venue
Ici-même au centre du bourg
Au grand dam du passant tête nue
Les platanes muets au plein jour
Faux départs tardives arrivées
Tourbillons vrais crépitements nets
Brouillons bavards grincent mille becs
Le faubourg franciscain sur la place
L'ordre mendiant y va de ses psaumes
Dessous le parking la rue aphones
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Hortulus ecce animae nouus ifle salubribus herbis
Horibus atque rosis consitus omnigenis
Quem tibi jamdudum Wehinger primumque Johañes
Impensa et curis presserat ipse suis.
Nunc noua collegit plurima lilia : in hortum
Addidit ille suum : dulci et odore rosas.
Hunc tibi babere Stvde : lettor deuote libellum
Hunc lege continuo : proderit ille. Vale.
Sebailianus Brant ad leforem, Hortulus animae.
À toi ce nouveau petit jardin des âmes, herbes salutaires, fleurs et roses en
tous genres réunies que toi le premier, Johannes Wehinger, il y a longtemps
de cela, a mis en œuvre et imprimé avec grand soin. Il recueille aujourd’hui
plusieurs nouveaux lys, qui s'ajoutent au jardin, roses douces et parfumées.
Ceci tient tout son savoir de toi. Que le lecteur s’y mette avec dévotion. Il lui
sera profitable.
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Nocturne III
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Corneille, et toi qui ne m'est jamais que gauchère,
Pourquoi ce cri de gravier noir : « C'est sans espoir ! »,
Chaque matin quand j'apparais sous ton perchoir ?
Ça n'eft pas gai. Braille autrement. La vie m'est chère.
Tes ailes secouées font un bruit de soutane.
Du col et du croupion tu remues l’encensoir
Et tu brais. Ta noirceur me va mal, à revoir,
À défaire l'ouvrage ancien, l'hommage insane.
À Louches, tout gamin, j'étais plus raisonnable.
Vue la moindre cornette on jetait nos « Croû !
Croû ! » Bonne-maman n'aimait pas ça, « Croû ! »
J'étais plus hi$torien, sûrement philosophe.
Le deuil est notre lot ? Je vis, pour commencer.
Pour finir, je verrai. Tais-toi, corneille, assez !
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Oies chéries sombres bernaches qui ne craignez
Les déferlantes qui vous jouez de la houle
Ajoutez à mon vers un peu d'encre il s’écroule
Bien trop plat le suivant trop sage trop soigné
Strophe poème eftran et vous points et virgules
À part très loin en mer bouchons très agités
Très amusés glissés dérapés la beauté
Souvenue dite plus tard où le désir s’englue
Mélancolie sous la main l’écrit noir sur blanc
Reprend la vue du jour étreint l'angoisse aimée
Que l’image suait jouissance blâmée
L’écume enfin salit le cahier du semblant
La hâte le bouscule un sang d'encre circule
Un cent d’oies crève un ciel nocturne ridicule
49
SO
Cygnes qui pendulez sans vergogne
Culs à lair au loin capuchons blancs
Bouchons ou bouées très ressemblants
Culs par-dessus tête à la besogne
Dites-moi que faites-vous sous l’eau ?
Bec au fond remuez-vous la vase ?
Votre salade eft-elle si rase
Qu'il vous faille vers et bigorneaux ?
Allons debout redressez-vous cygnes
L’heure e$t grave et vos croupions moqueurs
Confirment le silence du chœur
Muets que vous êtes et indignes
Pardonnez-moi j'ai si peur du noir
Qui vient qu’un mal entendu m'offusque
Et je vais de l'exaét à l’injuste
Omis vos vols à entendre et voir
De vos cols oubliée la souplesse
Tus les berceaux avancés fiers
Au-devant de visiteurs amers
Soit insu ce qu’un éclat caresse
SI
S2
Paurore à huit heures
lune et vénus oui
le rapace fond sur sa proie
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54
Les Lumières voulaient guillotiner la nuit ;
L'office des ténèbres est d’éclaircir le jour.
5
s6
premier jour troisième nocturne
sixième texte leçon une
soit un trois six le signifiant
commande un sujet peu méfiant
un trois six ? Anthracite !
comptine d’une marelle automate
offerte une mesure s’acclimate
à cloche-pied d’une $trophe à polka
où rimerait un obscur Alafka
finales trente-six chandelles
coup de grisou quand l'oiseau s’ébouriffe
cata$trophe marquée d’un coup de griffe
hélas trois fois hélas aveugle et sourd
à l’image le sujet mis à jour
s'est noué à la 6G-4-2
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Die richtige Beurteilung des Rebus ergibt sich offenbar erst
dann, wenn ich gegen das Ganze und die Einzelheiten desselben
keine solchen Ein$prüche erhebe, sondern mich bemiühe, jedes
Bild durch eine Silbe oder ein Wort zu ersetzen, das nach
irgendwelcher Beziehung durch das Bild darstellbar if. Die
Worte, die sich so zusammenfinden, sind nicht mebr sinnlos,
sondern künnen den schün$ten und sinnreich$len Dichter$bruch
ergeben. Ein solches Bilderrätsel i$f nun der Traum, und unsere
Vorgänger auf dem Gebiete der Tranmdeutung haben den
Febler begangen, den Rebus als zeichnerische Komposition zu
beurteilen. Als solche erschien er ihnen unsinnig und wertlos.
Freud, Die Traumdeutung, 6,,, Die Traumarbeir‘.
L'évaluation correcte du rébus ne se fait manifestement qu’à partir du
moment où sans faire d’objeétions à son ensemble comme à ses détails, je
m'efforce de remplacer chaque image par une syllabe ou un mot qui, d’une
manière ou d’une autre, e$t représentable par l’image. Les mots qui s’asso-
cient de cette manière ne sont plus dénués de sens, mais peuvent donner lieu
à la plus belle et plus riche expression poétique. Le rêve est une telle énigme
d’images et nos prédécesseurs dans le domaine de linterprétation des rêves
ont commis l'erreur de considérer le rébus comme une composition plas-
tique. En tant que tel, il leur semblait insensé et sans valeur.
s8
le corps dérive il s'accroche
à la voix
de son maître
est-ce là la nuit que lui promet
son déclin
la défaite
d’un corps e$t l'arbre effeuillé
de l'espèce
quand l'arrêt
de lun offre le jour au suivant
qui dira dernière la parole
du premier
le corps éteint s’éternise
le mot dit
de la fin
la ténèbre
croise le tu n’y couperas pas
de la cendre
dite où tu retourneras
confirmée
59
elle est dite
et la mort
s’écrira où trouvée la dérive
du seul corps
qu'elle prétend gouverner
6o
Wenn man also die Annabme von Todeffrieben nicht
fahrenlassen will, muff man ibnen von allem Anfang an
LebenStriebe zugesellen.
Freud, Das Unbewuffte, VI.
Si donc on ne veut pas abandonner l'hypothèse des pulsions de mort, on
doit d'entrée leur ajouter les pulsions de vie.
GI
62
Le secret s’abolit découvert obligé
de n'avoir été dit l’un devient quelque chose
silence d’un rien à cacher
Passe &tagnante l’épave brume ou brouillard
nuage au sol troué supposé nuit l’abîme
au bord de sa chute un bavard
Masquée la fosse il parle et prétend la combler
mais ce délire l’a ce n’est rien de le dire
creusée | ...]
labor omnia vicit
improbus, et duris vrgens in rebus ege$tas.
Virgile, Géorgiques, 1, 145.
le labeur a tout vaincu,
impie, et quand les temps sont durs, presse l’habileté.
IV Aube
6s
66
poème sans clarté dont une effraie s’effare
l'œil intermittent d’une sentinelle luit
jeté là dans la nuit tourne le feu d’un phare
dès l'aube éteint morne planton blanc le jour lui
soleil masqué ou plein cède au relais attente
le vers suivant toujours premier vient d’un autre œil
celui du nerf onzième ou pas brusquée la pente
ou douce c’est selon avec ou sans l’écueil
un roc un bris quelque chose ou buter trébucher
se reprendre changé du pareil au bûcher
os à ronger coke à brûler sans se déprendre
oublié le même reviendra chahuter
retenu l'identique se verra chuter
reste la ligne œil jour nuit phare écueil à tendre
68
au matin de décembre la
brume marine ramassée
puis soufflée roule son grabat
soleil et vent l’auront froissée
heure bleue et solaire éveil
bref l'eétran vivant couvert d’oies
s'éteint sous le brouillard du Vieil
Océan jeté sur ses voies
longue nuit à suivre hors du lit
défait la bête cauchemarde
un rêve hanté par la Camarde
le vrai s’illumine trempé
c'est un nuage à ras de terre
milliards à courir sur leur erre
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mesure ton pas promeneur agile
sur la plage en forêt comme au désert
veille au lent tempo du guet le temps file
la part de vie qu’épuise ton désir
sois amer sois sombre ou mélancolique
toutes voiles dedans beau Wanderer
arpente ton bien de Tournehem à Licques
où lire les désastres sans fureur
l'hiver a le printemps pour faim sais-tu
si l’autre l'oiseau revenu s’eét tu
à quoi bon nourrir douleurs et colères
ainsi débauché de sentiers étroits
chansons armées du jamais deux sans trois
l’égaré va valsant de claire en claire
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où j'en suis l’hiver eft long et ne promet rien
que brouillards fumées d’océan ouates trempées
d’un bord à l’autre de l’île je vais et viens
salée l’eau que je me fade à grosses lampées
l'humeur eft mauvaise l’âme a faim de bonheur
mais les chemins boueux ne mènent qu'aux impasses
d’un marais noir et froid the angét flooding over
où en suis-je ? pas un pas qui me satisfasse
voyez cela je vais brûler pour m'en sortir
feu follet flamme sous le grésil et la pluie
le poète diétrait la lettre qui s'ennuie
la mort inexpliquée bientôt lemportera
une fois répandu son barda lettre et vie
la terre épuisera tout ce fumier ravie
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Remparts. Il y va, Phomme vieillissant.
Ressac de pleine eau : il y voit son âme.
L’estran nu : toujours lui, adolescent
Vaseux. Il fuit, car ce passé l’entame.
Il y reviendra. Mauvais rêve ou tri,
Non loin, des déchets qu’il fait de sa vie,
Verre, à recycler, tout un tas de gris
Qu'il laissera pour l’eau qui le convie.
Au rempart, donc, croisé l’oiseau du jour,
La éterne de retour, casque noir, page
Étincelante, pile ! Mise à jour
L'autre vie, la vie rêvée. « Bon voyage,
Pierregarin ! Les vents te soient précieux ! »
Était-ce une arctique ? Le vieux soupire,
Le vieux s'en va, l'œil tourné vers les cieux,
Guettant l'enfance, l’hirondelle.. ou pire.
Remparts, pour finir et recommencer,
Que ces vers où la tête n’est point folle.
Allers-retours si bien récompensés
Qu'il persévère et que la mer s’affole !
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mer pleine et plate
et soleil pâle
péniblement se lèvent
les oies dorment bouchons
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Les cravants sont parties vers d’autres cieux, ou mieux,
Mêmes. Mêmes blancs, bleus ou gris, mêmes nuages.
Plus de fraîcheur pourtant. Du soleil plein les yeux
La nuit durant, dit-on. Et la mer et la plage.
Le cygne arpente son miroir. L’immaculé
Vient d'ouvrir son berceau. La claire e$t son royaume,
Son fief, sa demeure. Qui l'a vu reculer ?
Ni le renard, ni l'aigle. Au soir, quelque fantôme ?
Des oiseaux se font rares, d'autres, de retour,
Nocturnes, hantent un ciel de lune et d’étoiles.
Averses drues ou grand soleil, aux alentours,
Marais, forêts et vignes, rien ne se dévoile.
Reste, dans l'attente du grand jour, Pétourneau
Qui gargouille ses gargouillis sur la gouttière
Où jargonnent des pluies qui me laissent quinaud.
Ô Flore ! Quelle entrée ratée, ma printanière !
Ce printemps n'aura eu pour martyr qu’un pinson
Qui claironnait, brouillon, son appel militaire !
Les verdiers ? Parlons-en, pas un chant, pas un son !
J'attendais mieux, je suis déçu, mieux vaut me taire.
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Un répons graduel, mais qui saura répondre ?
Le premier vu venu des serins annuels ?
Et de quelle leéture aurait-il à répondre ?
Ou qu'aurait-il lu qu’il y faille un duel ?
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Ainsi s'en fut ma première nuit, et du même pas inquiet son
office rassuré. Le jour pointait son nez. Neuf ? L'ornière l’atten-
dait au tournant. Six mois plus tard, son midi démontrait
qu'un nocturne, aussi implorant fûüt-il, n’engageait en rien la
perspective solaire, inchangée.
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En ai-je médité des mauvais coups, du sort,
Tordus, de la fortune, au hasard de ma vie.
Éventés, exceptés, l’un après l’autre obvies,
J'ai erré tant et plus, comme l'as, d’un tas, sort.
C'est le vers qui le dit, dont je suis le valet.
La colère en mon palais, reine, soit maudite !
Peste, grippe ou typhus, oreillons et otite !
Quant au roi, petit moi très éteint et très laid,
Qu'il se mire, un pitre l’amusera. Son fou,
Qui parle ici, pourra gaîment causer sans honte
Du pic et de la pie comme du dodo dronte,
— Ornithologue - du héron comme du fou.
Ainsi s'en fut ma première nuit...
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Deuxième jour
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Nocturne I
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— Marée, mon ciel est muet !
— Tais-toi, bavard qui me parles.
Sourd, tu l'es, cible d'Hermès.
L'oiseau et la pipistrelle,
Tu ne les entendras plus.
— Platée, vous limez mon ciel !
— Nous chantons, ne vous déplaise.
— Vous réclamez un roi, Zeus,
Et sa foudre, et son tonnerre !
— Mais c’est toi qu’il peut atteindre.
— Nuées, vous noyez mon ciel !
— Pardon, ce sont tes fumées.
— Reprends ton feu, Prométhée,
‘Ta torche sue le goudron !
— Je vais t’y coller des plumes.
— Lune, tu manges mon ciel !
— Tais-toi, qui manges la terre.
— Hécate, chasse Artémis,
Ses éclats laiteux m'aveuglent !
— Tu n’en dormiras que mieux.
9I
92
Deux coups de boutoirs auront suffi.
La digue s'est effondrée, rompue.
Boues et vases toxiques, ça pue !
Disparu, le polder, ce défi ;
Noyés d’amère intranquillité,
Les prés salés de bonnes travées,
Nos parcours sur de hautes levées,
Ce pourquoi nous avons tant lutté.
Gloire au vaincu ! Le pire est à venir,
Mais n'est pas certain. Que l’on n'oublie
Ce martyr, impuissance anoblie,
Les marais à sec pour souvenir,
Angoisse et douleur évaporées
Se tairont, contre vents et marées.
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Chat-huant, sois mon cor au soir de ton retour.
Je t'attends. Te voilà qui sonnes l’heure grave.
Une par une, cahiers ouverts tour à tour,
Tes huées insensées sont lettres que je grave.
J'attends l’autre qui t’entendrait, me sauverait.
Ton souffle est trop timide ou c’est la sourde oreille.
Tes appels, eau versée goutte à goutte au marais,
L'autre loin ne les écoute pas. Il sommeille.
Charles, Roland, connus, sont noms bien partagés.
Des vers les diétribuent, silencieux mais aimables.
En mon logis suis seul, barbares à ma table.
Ni vu ni connu, mon double, mon passager,
Mon fou respire la santé : à la bonne heure !
Va, hibou, ce traître me suffit, qui me pleure.
95
96
un nuage
R-haut
seul
97
98
Hésiter e$t opportun. Le sujet change, mais n’en sait rien. S’il
croit savoir un tas de choses, ce tas l’a tassé et le tasse.
99
100
Gorge-bleue, viens à moi, ton miroir m'a manqué.
Je n’y verrais mes traits, mais un éclair de joie.
Sors de la roselière où tu vas te planquer
Quand l’épervier, le chien, se mettent sur ta voie.
J'entends ta partenaire. Elle chante avec toi ?
Futur de l’oiseau, l’'oiselle serait présente !
Vous voici, à mon tour de ruser, fin matois ;
D'un trait, je m'efface, absence retentissante.
Tut tit pri tittsukri psurrr tri psirrr pri kupsiirr
Tut tut cut tsi truilluï eruillf krrrrrrrrrrrrrr queli
Tic tit cit tit priti pri ki pri qui ku quili
Pri cueilli psilitsulut tsouï coin pukpuk
Pi pi pi pi pi pi pi sruiki tsukulu
Pillé pillé pillé srrukikklu krrrrr skiklu
IOI
Le jeune Buffon me donna là main, et me conduisit chez son
père, qui me reçut avec une cordialité et une grâce de bonhomie
qui achevèrent de me gagner tout à fait le cœur. Depuis ce jour
il vint me voir au Palais Royal au moins une fois par mois ; j'al-
lais dîner chez lui ; tous les dix ou douze jours ; jy arrivais d’as-
sez bonne heure pour le trouver seul : nous ne parlions jamais
que de littérature, et je le queftionnais sans relâche sur la
manière d'écrire et sur le étyle. Une chose très-extraordinaire -,
c'est que M. de Buffon, dont le étyle est si harmonieux, n’aimait
pas la poésie et n’était pas, sur ce point un vrai connaisseur.
Fénelon, écrivain moins parfait, mais dont le Style a tant d’har-
monie, offrait là même singularité. M. de Buffon m'a dit qu’il
n'a commencé à écrire comme auteur et à être remarqué qu'à
l'âge de quarante-quatre ou quarante-cinq ans ; son admirable
talent s’est soutenu dans toute sa force jusqu’à la fin de sa
longue carrière.
Mémoires de Madame de Genlis 1746-1830.
102
Séléné, mon amie, blanchie sous le harnais
d’Apollon coureur de l’orbe en feu, tu éclaires
sur ma coursive un vieillard, au vrai, très hargneux,
très capricieux, la tête pleine de colères.
Aussi me ferai-je galet déposé haut
sur la plage. Dessous, une algue s'eft olissée,
adroitement placée, comme écrite par l'eau.
Borne sage, lettre morte, lettre laissée.
La sagesse, dis-moi, Séléné, mon amie,
me sera-t-elle bonne épouse et l'Océan
gai beau-père, écartée la détresse ennemie,
me laissera-t-il vivre enfin maître céans ?
Quoi d'autre ? Quoi, encore ? Accepté, honte bue,
le semblant, le singer comme je fais ici ?
Repris ou poursuivi ce qui me distribue,
tout illusionné, « veni, vidi, voici » !
Et toi, Séléné, mon amie, qui te gouverne,
sinon la gravité ? Revenue Artémis,
Hécate reviendra, toute lumière en berne,
ôtera ce vieillard, et mon père et mon fils.
103
Filet de couleuvre de marais,
Dans le chaudron bous et cuis.
Œil de salamandre, orteil de grenouille,
Poil de chauve-souris et langue de chien,
Langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle,
Patte de lézard, aile de hibou,
Pour faire un charme puissant en trouble,
Bouillez et écumez comme une soupe d'enfer.
Shakespeare, Macbeth, traduétion François-Victor Hugo.
104
Un sourire à l'horizon
Fait Alice émerveillée
De qui le voit. À raison.
Métaphore à la veillée,
Métonymie de la nuit,
Ce premier croissant balance,
Comme s’il virait, et fuit
Quelque menace, une lance ?
Autre conte que ce dard.
Qui l'a vu tient le sourire
Pour vrai. Ailleurs sans retard,
Tout à ce chat que j’admire,
Me voilà tout préparé.
Couché, le sommeil m'emporte.
Pas un rêve où s’égarer
Quand la fiction est si forte.
10$
L’obscurité ne tient pas ici au raffinement de l'expression, mais à
son ambiguïté, ainsi qu’à certains détails qui paraissent nous
plonger dans la réalité, et que rien n’explique.
Alfred Jeanroy, 1859-1953, professeur,« La première génération
des troubadours. Conflits de pensée et recherche de formes. »,
Romania, tome $6, n°224, 1930. pp. 481-525.
But I don't want to go among mad people,” Alice remarked.
Oh, you can't help that,’ said the Cat: ‘were all mad here. Tm
mad. You're mad.”
‘How do you know l'm mad?” said Alice.
You must be,” said the Cat, ‘or you wouldn't have come here.”
Lewis Carroll, Alices Adventures in Wonderland.
Adparet liquido sublimis in aëre Nisus
et pro purpureo poenas dat Scylla capillo:
quacumque illa leuem fugiens secat aethera pinnis,
ecce inimicus, atrox, magno $fridore per auras
106
insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras,
illa leuem fugiens raptim secat aethera pinnis.
Virgile, interpolation du Ciris dans les Géorgiques, 1, 404-409
Apparaissent dans l'air limpide Nisus exalté
et Scylla qui, pour le cheveu pourpre, expie :
où qu'elle aille, légère, fuyant à tire-d’aile,
là, l'ennemi, le féroce, hurlant avec les vents,
Nisus, la poursuit ; où que Nisus se porte sur les vents,
là, légère, fuyante, elle se hâte à tire-d’aile.
107
108
Nocturne IT
109
110
Arès, le dieu ni dieu, les envoie ad patres,
Chez Hadès, où le seuil des enfers les accueille.
Cueillette jamais épuisée feuille après feuille !
Arès eft le brutal ; hôte bras ouverts, Hadès.
Nous aidons le premier ; nous craignons le second.
L’héroïne cambrée veut que l’on assassine ;
Le vieillard édenté dit que sa vie lambine,
La colère le prend et le sort de ses gonds.
S’il râle, il n'en meurt pas : Arès tue froidement,
Génocides, meurtres de masse, pestes noires.
Ce seul dieu criminel demeure en nos mémoires.
« La mort n’est pas un crime », osait Hadès, l'amant
Cloîtré de Perséphone, « elle est une victoire.
Questionnez-la, elle se tait, voilà ’hitoire. »
III
IIZ
La fille de Minos et de Pasiphaé
E$t le vers que je trouve, illuminé Racine,
Aussitôt désirée d’un discours la ravine,
Le penchant traumatique à l'exploit renvoyé.
Allons, expliquons-nous. L'art ne nous est un don.
Ce qui nous fut offert, né d’une déchirure,
S’expose sans ruse et refuse ou défigure
Le sujet d’Athéna et de Poséidon.
Charpentes ajointées, murs à secs, toits, plafonds
Peints, con$truétions alambiquées, tours et tourelles,
Décors patients de paons, de geais et rourterelles,
L’attirail est patent. J’imite des modèles,
M'invente sans les connaître. La cire fond.
Qu'un Ulysse entende notre ouvrage bouffon !
113
I14
Oiseaux, je vous appartiens.
Pinson, huppe ou gypaète,
Quelconque, chacun m'arrête.
Le monde ne serait rien
Sans vous, pour moi, devenu
Ce que je suis : un poète,
Un misérable poète !
— Le pain de votre menu,
Comment vous y prenez-vous ?
Voici la ronce ; et l’ortie :
Citée ma phrase ? Amortie !
Corrigée ! — Corrigez-vous !
C’est invendable ! Zéro !
On dira que je m'emporte,
Mais ceci, que je m'en sorte :
Les marchands ne sont oiseaux.
IIS
116
un crabe
sur la plage
retourné
117
II8
Le poème est un procédé,
En écrire un, une méthode.
119
120
Aphrodite née de l’écume pour l’écume
Réserve son secret. Qui pourrait le percer ?
Je l'ai souvent croisée, brisé, à la merci
Des flèches de son fils. Qui ne s’y accoutume ?
Déesse redoutable, obscure et lumineuse,
De midi à minuit, désert, prairie, forêt,
Elle imprègne, elle emplit. Qui ne l’adorerait ?
Et comme elle envahit toute faim quelle creuse !
Au vrai, je lui dois mes heures, toutes, heureuses.
Les plus masquées. Aussi, quand je m’égosillais,
Rossignol ou pinson, braïz é cris gentillets,
Je n’étais que sa proie. Adonis ou laitue ?
L'avenir le dira, lu ce que je laissais,
Dérivant, pantelant, quand elle m'enlaçait.
I21
xai Tlapiy d'nevce novouérys civeuaivys,
ruxvo dé pupouéyy xaAVHGO evad en LOT pv
/ € 1 4 ? € 2
Béorevxor Bed éTIA AE nonouéyou éodecivos
Nonnos, Dionysiaques, I, 88-90.
La Paphienne pleurait de voir l’anémone dans la poussière
Épais, ruisselants, parfumés, gracieusement bouclés, ses cheveux,
Elle se les arrachait de voir la rose dans la poussière.
122
Les goélands de mon voisinage
Sont en l'air comme poissons : ils nagent.
S’ils trouvent du repos, fatigués,
En mer — mais, au risque d’intriguer,
Plus souvent sur nos toits ou les dunes —
Ils ne sont point marins, sans aucune
Indclination pour le vieil océan
Qu'ils fréquentent, littoralement.
Mes vers, lignes à haute tension,
Sont disposés à votre intention,
Grands cormorans. Un vent de tempête
Ne vous en décroche et rien n’inquiète,
Là, vos séchages à trop long cours.
Vos nuits sont longues, vos sommes courts.
Vos pêches s’éternisent, suffoque
L’observateur, sous l’eau, mais point phoque.
Gravelots, observés, ça, vous l’êtes !
Le regard ne glisse, savonnette,
Sur votre collier interrompu,
Ni sur, comptés, vos coïts, non plus.
Vos nids, vos œufs, recomptés de même,
Situent parfaitement le problème :
123
Quelle place vous laisserions-nous
Dès lors que notre espèce est partout ?
— Tête écarlate, cape dorée,
Qu'attend-il ? Une poule adorée
Qui le rejoigne ici, au beau mi-
Lieu de la route ? Hé ! L’ami !
Veux-tu qu'on t’écrase sous la roue
Plutôt que de finir mis en joue ?
— Faisan d'élevage il n’en peut mais.
— Nigaud, le chasseur sait qu’il t'a fait.
Hermès, tu transmettras ces nouvelles
À qui de droit, qu'aux dieux se révèle
Ce qu’ils savaient avant qu’ils n'aient fui.
Des dieux automates auront recuit
L'univers d’où Zeus tenait son règne.
Je tiens de Benjamin qui l'enseigne :
Vous êtes désormais des vaincus,
Je suis sujet, soyez attributs.
124
Wie Blumen ibr Haupt nach der Sonne wenden, so Srebt krafi
eines Heliotropismus geheimer Art, das Gewesene der Sonne
sich zuzuwenden, die am Himmel der Geschichte im Aufgehen
is. Auf diese unscheinbarste von allen Veränderungen muff sich
der bistorische Materialisf verstehen.
Benjamin, Thèses sur l'hisfoire, Thèse IV.
Comme les fleurs se tournent vers le soleil, ainsi s'efforce, sous l'effet d’un
héliotropisme secret, ce qui a été à se tourner vers le soleil qui se lève au ciel
de l’hi$toire. À ces changements des plus discrets doit s'entendre le matéria-
liste historique.
125
126
Hécate
Séléné ? Es-tu là ?
Séléné
Je suis là, dans ton ombre.
Hécate
Artémis ?
Artémis
Je viens. Parle. Je suis à deux pas.
Hécate
Mes Sœurs, qu’en pensez-vous ? Serait-ce leur grand nombre ?
Terre en ébullition, ma nuit ne parvient pas
À la rafraîchir. Voyez-vous comme elle sue ?
Artémis
Penser ? Quand voilà bien la source de tes pleurs ?
Saisis la lyre ou l'arc, crotales ou massue,
Et laisse la pensée à tous ces beaux-parleurs
Qui ne songent, ne le sais-tu qui fais leurs rêves,
Qu'à violer, piller, ou se vautrer goinfrés.
Leurs pensées nous fatiguaient ; toi, tu nous achèves.
127
Tues trop douce avec ces hommes affairés.
Artémis
Pire encore !.. avec eux... qui fornique !
Séléné
Ne dis rien de ce que tu méconnais, ma sœur.
Chasse et jouis de tes flèches, ne juge inique
Le plaisir d’une biche, si l'œil d’un agresseur.
À refuser cette joie, tu ne vois ce qui manque
Aux hommes comme à nous-autres évanouis
Dans l'oubli. Cette part saltimbanque,
Furieuse, délirante, insensée, folle, oui !
Hécate
Je suis loin d’être folle et s’ils m'ont oubliée
Mon crépuscule est d'encre et tes nuits sont de lait.
Artémis.
Mes pointes acérées, je reste votre alliée.
128
Séléné
Ce ne sont que des faits dont nous sommes valets.
Cette part que je dis, leur pensée l’a défaite.
Nous les avons laissés, seuls avec leur folie,
Qui s'éteint, bois brûlé, cendre et fumée, leur fête
Finie. C’était la nôtre, aujourd’hui abolie.
Hécate
Eh bien pensons !
Artémis
Je veux bien m’y risquer.
Séléné
Peut-être.
129
Ermete. - E adesso ascolta, Meleagro. Tu sei morto. La fiamma,
larsione sono cose passate. Tu sei meno del fumo che si è Sfaccato
da quel fuoco. Sei quasi il nulla. Rassegnati. E per te sono un
nulla le cose del mondo, il mattino, la sera, à paesi. Guardati
intorno adesso.
Cesare Pavese, Dialoghi con Leuco, Einaudi 1960.
Hermès. — Écoute, Méléagre. Tu es mort. La flamme, la brûlure sont choses
du passé. Tu es moins que la fumée sortie de ce feu. Tu n'es presque rien.
Résigne-toi. Pour toi, sont rayées nulles, les choses du monde, le matin, le
soir, le pays. Regarde autour de toi.
130
Nocturne III
131
132
Les milliers que j'ai dit se taisent en juillet.
Bousculés par la faim, leurs petits les houspillent.
Reviendra la chanson avec l’air de famille
Plus tard. Éteint, le chant sur quoi je m'appuyais.
Quatre vers, déposée la $trophe au pied du mur.
Bagarre au sol de goélands, ce dialogue
Ahurissant n’y fera rien. L’ornithologue
En sera pour ses frais, quoique affecté, bien sûr.
Sans caractère, notre muraille n’est point
De Chine. Le lettré ne le gratte de ses ongles.
Obscur ou clair, que fait le promeneur ? Il jongle.
Le temps, qui passera, le menace du poing.
Si le temps fait le mur, ce mur nous fait suer
D'une lettre où l’on voit le sujet, son éclipse.
Une pierre manquante et c'eét l'apocalypse !
— Autres ténèbres qui figent le sexué.
133
134
Les feux d’une colère éclairent terre et ciel,
Traduisent sang et eau. Noir ou suie, l'encre sèche.
L’oubli défait le point de vapeur, mais la flèche
Est tirée. Le clébard jouit, crachant son fiel.
Canaïlle, qui s’étonne et réserve plaisirs
À son rang domestique, esclave ou concubine,
Limé le croc de l’autre aux champs comme à l'usine.
Vérifié quand l'exclu vient à se ressaisir.
Rien de neuf, dira-t-on, mais c’est qu’il n’en veut pas,
Dragon fumeux veillant sur son tas d'or, comptable.
L'enragé se relève et renverse la table ;
Sait enfin, dans sa nuit, qu’il avance d’un pas.
Mémoire, tiens-toi bien, nulle louange ici,
Pas une gloire à soutenir. Près de s’éteindre,
Une flamme étourdie d’importance bien moindre,
Nulle au regard de ceux, errants, qu’elle obscurcit.
135
6
13
Muses, entendons-nous : cigale à Saint-Trojan
Je grincerais des dents ; à La Brée, cisticole,
Je joue de son triangle et chez moi, je bricole.
Enfin vous vous trouvez comme devant gros-Jean.
Pardonnez ce poète au refus conséquent.
Son « Ni! » vigoureux nie s’il cause en conséquence.
Cédez à ce désir qu’en tout sens il relance.
Offrez-vous, soyez la sphère du plan sécant.
La phrase pensée au rasoir ? Ça va saigner !
Effrayées ? Allons bon ! Le bonhomme sait coudre.
Ne le saurait-il pas que les mots, mis en poudre,
S’ameutent d'eux-mêmes dessous leur signifié.
S’ils ne le font de soi, le leéteur inconscient
Raboute la cohue, qui signe et signifie.
Souvent phrase varie, bien fol est qui s’y fie.
Ce qu'elle a dit a tu son dire, signifiant.
137
8
Le)
un papillon
coincé
sous l’essuie-glace
139
140
Les ténèbres du corps conduisent au étoïcisme, l’obscuration du
discours à la révolte.
141
142.
Muses, revenez-moi, je me suis égaré.
Les ténèbres du jour, si claires et lisibles,
Mont conduit sans détour où devenir la cible
D'une rapace là toute à son pré-carré.
Af$tres, Cosmos et Terre engloutis, résumés,
Des dieux étroits font l’anxieuse rapace humaine.
Chaque jour elle étend droit devant son domaine.
Les semblants, un par un, s’y seront inhumés.
Mémoire défendue, interdit le passé,
Éteint le souvenir, l'ignorance rancie
À conquis l'esprit fort comme l’âme affranchie.
Le corps suit, a suivi et suivra, effacé.
Ô Muses, Mnémosyne est au cœur du refus.
C’est là qu'elle vous cache ; où je vous trouve, Muses ;
Où la langue s’émeut — bien entendue, s'amuse -,
S’il en est temps encore, ainsi que cela fut.
143
eveyooeis d’ Aidao déuar mr’ odeiTeeoi ner,
mag’ d’'aûrÿi Aevxyÿr ÉOTAVIQAY HU TOEIT TOY -
Aa xaTeexuevou ox vexvar V2%07T ou.
TaUTys Ts neÿvns Ye oxEdoy UE ATX.
eveyoes d’éréear, Ts Mymuoovvyps mo Muvys
L.] |
dm d°elul aûy nai ré vue : Ad dr” aa
\Luxedr Üduwe reirseoy rs Mypuoovvys ro Muvnc.
Lamelle d'or d'Hipponion, prière orphique.
Tu trouveras chez Hadès en sa demeure sur la gauche une source,
auprès de laquelle blanc se tient un cyprès ;
R s’approchent les âmes des morts et se rafraîchissent.
Cette source vraiment non, n’aille approcher.
Tu trouveras l’autre, la Mnémosyne du marais
[141]
De soif je suis sec à mourir ; mais donnez vite
la fraîche eau d’abord de la Mnémosyne du marais
144
Tes filles, Mnémosyne, effaçaient la douleur,
La tristesse et le deuil ; tu reétais silencieuse,
En retrait, braise plus ténue qu’une veilleuse,
D'une mémoire plus profonde que la leur.
L’une chantait, l’autre dansait. Qui retenait
Le rossignol de l’une et qui la grue de l’autre,
Renommée vérifiée dont qui se fait l’apôtre,
Poëte ou musicien sous leurs ordres, benêt.
Le pire et le meilleur, la violence et la joie,
Sans désir de gloire, toi, tu les retenais,
Quand tes filles, elles, refusaient le harnais
Du crime et du regret où le malheur se noie.
Inflexible, toujours présente, quand les dieux,
Les uns puis l'autre, fuient de prétendues lumières,
Je te devine à la source de mes premières
Phrases, saluts premiers comme premiers adieux.
145
Always in terror of Olympic doom,
He climbed, despite his will, the Sbiral Seps
Outside a building to a cobwebbed top-room.
There bric-a-brac was in a jumble,
His forehead was dislending, ears were drumming
A5 in the gaStric fever of his childhood.
Despite his will, be climbed the Seps, Sumbling
Where Mnemosyne lay in dust.
Auétin Clarke, Mnemosyne lay in dust, Dolmen 1966, p.20.
Toujours dans la terreur d'une ruine olympique,
Il gravit, malgré lui, l'escalier en spirale
À l'extérieur d'un immeuble. Au dernier étage,
Là, toiles d'araignées, bric-à-brac et désordre.
Son front gonflait, ses tympans battaient du tambour
Comme au temps des fortes fièvres de son enfance.
Il gravit, malgré lui, les marches, trébuchant
Là où Mnémosyne gisait dans la poussière.
Beati pauperes Sbiritu
Matthieu, V, 3
Bienheureux les pauvres d'esprit
146
Surgie froide et rugueuse au détour de mes vers
— Enjoué le poète, amer le philosophe -,
Tu disparais soudain au retour de la étrophe
— Hilarité du sage, et moi, tête à l'envers —.
Voilée sous Le semblant, te voilà au secret.
Et quelle sûreté : tu ne te sais cachée !
La fable du départ des dieux si rabâchée,
Tu Pignores. mais ici guette l’indiscret.
Maintes fois, je t'ai surprise dans l'en deçà.
Qui passe un gué saute de pierre en pierre.
Le rocher brisé, l’eau ruisselle sur ton erre.
Je t’écoute, un passant me demande à quoi ça
Rime. À toi, vrai, mais faux ce qu’un passant prétend,
Qu'ainsi tu soutiendrais l'engeance qui répète.
Alors Euterpe accourt et l'orchestre tempête.
La beauté ruine tout, qui va se répétant.
147
[.] Die Beute wird wie das immer so üblich war, im
Triumphzug mitgefürht. Man bexeichnet sie als die
Kulturgäüter. Sie werden im bistorischen Materialisten mit einel
dislanzierten Betrachter zu rechnen haben. Denn was er an
Kulturgütern überblickt, das if ihm samt und sonders von einer
Abkunfi, die er nicht ohne Grauen bedenken kann. Es dankt
sein Dasein nicht nur der Mühe der grossen Genien, die es
geschaffen haben, sondern auch der namelosen Fron ibrer
Zeitgenossen. Es if niemals ein Dokument der Kultur, obne
zugleich ein solches der Barbarei zu sein. Und wie es selbSf nicht
frei ist von Barbarei, so ift es auch der Prozess der Uberliefering
nicht, in der es von dem einen an den andern gefallen if. Der
hbislorische Materialisf rückt daher nach Massgrabe des
Môglichen von ibr hab. Er betrachtet es als seine Aufgrabe, die
Geschichte gegen den Strich zu bürsten.
Walter Benjamin, Über den Begriff des Geschichte, Thèse VII.
[...] Le butin, il en a toujours été ainsi, e$t transporté dans le cortège. On le
dit « biens culturels ». Ceux-ci devront compter avec l'observateur di$tancié
qu'est le matérialiéte historique. En effet, sa vue d'ensemble sur les « biens
culturels » les situe pour tous sans exception d’une origine telle qu’il ne peut
les considérer sans horreur. C’est que leur existence est due non seulement
148
aux efforts des génies qui les ont créés, mais aux corvées anonymes de leurs
contemporains. Il n'est pas un document de la culture qui ne soit du même
coup document de barbarie. S’il n’est pas sans lien avec la barbarie, de même
ce qui le fait tradition non plus, qui le fait passer de l’un à l’autre. Le matéria-
liste historique lui tourne donc le dos du mieux qu’il peut. Il estime que sa
tâche eét de brosser l’hi$toire à rebrousse-poil.
149
ISO
IV Aube
ISI
IS2
Queues de chandelles nues, l’eau tressée de soleil,
Apollon s'eét levé ce matin sur la Moëze,
Enthousiaste et féroce art satyre et poèse.
Irrité de me voir il m’aura crevé l'œil.
Malicieux, l’immortel m'a décoché un trait
Musical, une croche, un point d'orgue, une noire.
Aveuglé, mais soumis au motif péremptoire,
J'entends la phrase qui, de cet appui, s'extrait.
Ce n’eft pas une épreuve, un hasard tout au plus,
Un faux bruit de réel, que je suis. L’épouvante,
Tôt venue, reviendra. Entre-temps je m’invente.
Peu me chaut de savoir si mes vers lui ont plu.
Ou le Vieux de la mer qui sans cesse revient ?
Non plus l'affrontement du bélier, bête à cornes,
Mais le recouvrement, par vagues comme mornes,
Rongeuses, patientes, vives, lentes, — pour rien.
: l'impossible nul n’est tenu, tous conduits.
Tel il est, le réel : à couvert, il fulgure.
Discours que son envers, de l'oignon la pelure.
C’est à pleurer hier qu’il nous mord aujourd’hui.
153
1$4
Mouettes de l’autre, merles de ce côté.
Verdure, ocres et chaux ici et, là, vasières.
Départ d’estran, le rempart se fait ligne d’erre
Que survolent goélands en leur principauté.
C’est un lieu. Autrefois propriété d’un dieu.
Poséidon y menait paître ses cavales.
De nos jours les oies y broutent l’algue salade,
Dieu pourri dans son coin, ancres et pieux rouilleux.
Sittelles, grimpereaux et pics, sont goélands,
Barges et cormorans, aux chênaies et hêtraies.
Ils sont, sûrs à peu près, signifiants que j'extraie
D'un séjour que j'ai fait où retrouver l’élan
155
Perdu l’avant-veille. Que je sache, Océan
N’y est pour rien, bien sûr, mais l'obscure folie
Qui s’en vient, qui s'en va, me laisse et me relie.
Et moi qui rêve d’une épaule de géant
Où percher définitivement ! Sacrédié !
Folie que de courir à la Grèce, à la Chine,
Discours lus et relus sur lesquels je m’échine
Quand le sage voudrait mes livres incendiés !
Vus Pici et le là ; l’un, le deux, puis le trois.
Noir sur blanc les premiers, l'entre-deux s’illumine :
Coup de grisou au puits, boyaux rouchӈ la mine ;
Trouée subite au ciel ; sillon d’éclair étroit ;
Silence ici. Quel est le tiers du séparé ?
De l’homme séparé ? Son âme est divisée.
Je la vis telle sans l'avoir jamais visée,
Désirés l'arbre et l’eau, mais snob, à virer paré.
Que me vaut cet aveu ? Que je suis de mon temps,
Qui pourrait le nier ? Mes cachettes sont pleines
De poncifs larmoyants, c'est à s'ouvrir les veines !
Ces ténèbres gagnées, j'en aurais mon content !
156
Le vide n’est pas dit. Quel est-il ?
Ce que sait le discours de la science
À la lettre aiguisée de patience :
Qu'il est une puissance en puissance.
Le déchirant nous dit : « Oubliez —
De ce qu’il séparait —, les limites ! »
Oublié, le terme — je limite —
Du trou fait sans qu’il y faille un mythe
Et dit, ce jour, sans début ni fin,
La nuit terriblement se déchire.
La vie le suit de près, de s’écrire.
Le corps appairé passe au délire.
Les dés sont jetés de nulle part.
Quelques mots suffisent, parfois même
Tus. Vient la détente, ou l’amertume,
C'est selon puisque, parfois, ils s'aiment.
157
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IS
Comme Poséidon, bien aimé de ses sœurs,
Filles et maîtresses, calquées ses joies et rages
Aux flots sans cesse émus, tempêtes et orages,
D'un même flux mouvant se figure assesseur
L'un qui voudrait parler quand son autre se tait.
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L'un dans l’autre se précédant à tour de rôle,
La phrase e$t bienvenue, si revenue pas drôle.
P
Elle les tient. Sans elle, manquerait l’étai.
La phrase à l’heureux tour, au retour de la phrase,
Étonne, effraie parfois. Raturée par l'effroi,
Ce détour l’a froissée. Le poète au sang-froid
Peu froussard, reprend trait sur trait, jusqu’à l'emphase.
Se prend-il pour un dieu ? Cela ne dure pas,
Au moins. Certains d’entre eux se sont voulus prophètes.
Ténèbres refoulées, on irait à la fête.
Cronos... — y songeaient-ils à l’heure du repas ?
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Quand la fille au rendez-vous — c’est le coup du lapin —
N°y est pas, que fait-il ? « Je serais en avance »,
Se dit-il, amoureux de la étriéte observance.
S’il la désire, de colère, il la repeint.
Elle survient. L’orage s’évapore au loin.
Ces clartés de l'amour sont pourtant très obscures.
Ce doit être un flambeau qu’ils portent, dioscures,
S’avançant vers leur perte, ignorée plus ou moins.
De ces ténèbres-là l'office est transparent.
Leur flamme s’en trouve plus que jamais brûlante
Et quelle valse enfin ! La plus que lente !
Celles que je décris n’en sont pas les parents.
Fondues par l'ordre ambiant, elles vous engloutissent.
La torche que jy mets, à l'amour, fait justice.
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au bord du trottoir
un pigeon
aplati
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Le plus clair des sonnets se fait eau souterraine.
De détours insensés, grottes et cavités,
Le voilà qui surgit à flots précipités,
Plus neuf, mais plus taiseux, plus à lire, à la traîne
Des accords ordonnés d’un progrès délirant,
Convenu et mortel. Il rêve de noyade
Et rejoint l'océan où sa langue le brade :
Mille éclats et pleins feux quoi qu’en ait le tyran.
Aveugle, l’éclaireur ne sait pas qu?”il l'éclaire.
Il dit sans crainte, car il ne sait ce qu’il dit.
Le dit le dieu du jour. Ça démarre au lundi.
Son mercredi est faux. Il le prend pour un meurtre
À commettre ou commis, un souvenir aigu ?
Lego percé à jour offre le contigu.
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Au répons graduel, un vers, lu, d'Aragon
L’aîné aimé, surpris à livrer sa méthode :
« Je fais la roue sur mes remparts. » Eft-ce commode !
Aussi fatal soit-il, ce cirque m'est second.
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Ainsi s'en fut ma seconde nuit ; dix-sept cygnes au matin pâtu-
raient la Moëze ; les goélands gueulaient selon leur bon plaisir ;
les martinets avaient disparu l’avant-veille et dans la presse le
pays était falsifié de fond en comble au point que Machin, dit
Choufe, un ami point concerné par mes divagations téné-
breuses, confondit Jurançon et Millevaches à propos d’un ru
traversant un bois légèrement pentu de haut en bas d’une page
de ladite presse [MAG SUD-OUEST spécial été 29 juillet 2023].
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L’aube pointe l'automne à venir.
Semées ses larmes à retenir,
un promeneur s’attarde à bénir
la longue nuit qui lui fut rendue.
— Va !'tu n'as plus rien à redouter.
J'ai dit ce dont tu ne peux douter.
Quelle voix pour te dérouter,
sinon celle qui m'était rendue ?
— Mymuoodvn, ta source et dans l'ombre.
Les rêveurs n’y rêvent pas en nombre.
Je n'ai vu là autour que décombres,
ruines auxquelles je n’entends rien.
— C’est là ma leçon. Va donc, te dis-je.
Oublie-toi, oublie-moi, et rédige.
Un autre parmi les dieux l'exige.
Lequel ? Écris que je n’en sais rien.
Ainsi s’en fut ma seconde nuit...
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